Nids-de-poule
la solution est-elle dans la machine?

par Claude Fugère

À Montréal, comme ailleurs, la saison des nids-de-poule est de retour mais, c'est connu, les rues de la métropole en produisent en quantités industrielles, tellement que c'est maintenant à la machine qu'on les répare. Une véritable petite révolution dans les méthodes de travail, qui se fait sur un terrain miné; celui des habitudes bien ancrées et de la peur du changement.

La machine jaune de la compagnie Solution Nids-de-poule était un objet de curiosité pour les citoyens quand elle est apparue dans les rues de Montréal l'an dernier. Au lieu de voir débarquer comme d'habitude une équipe de 3 à 7 cols bleus avec 2 ou 3 véhicules, une seule machine fait tout le travail, et elle ne prend en moyenne qu'une minute et demie pour réparer un nid-de-poule.

"C'est une machine qui fonctionne très bien", dit Philippe Briand, le porte-parole du service des Travaux publics de la ville de Montréal. La ville estime qu'en une seule journée, l'appareil peut effectuer de 2 à 3 fois plus d'interventions qu'une équipe de cols bleus, et qu'en plus, les réparations sont plus durables.

"Avec les méthodes conventionnelles, un nid-de-poule qui apparaît en février doit êre regarni de 2 à 3 fois avec de l'asphalte froide avant de pouvoir être réparé de fašon plus durable à l'asphalte chaude, quand les conditions le permettent, en mai ou en juin", dit Philippe Briand.

Solution Nids-de-poule travaille à chaud, tout de suite et en tout temps, sur des nids-de-poule dont le diamètre peut varier de 5 pouces à 5 pieds. La ville note aussi que le nombre de plaintes de citoyens quant à l'état des rues est en baisse. "Il faut beaucoup moins de temps pour faire le tour d'une région administrative", affirme un cadre qui tient à garder l'anonymat. "Ne mettons pas tout sur le dos des cols bleus, poursuit-il, on perd beaucoup de temps à installer la signalisation, tandis que la machine détourne la circulation avec ses feux de signalisation intégrés." N'empêche qu'à Montréal, il y a des trous dans les rues, mais il n'y en a pas dans la convention collective des cols bleus, et les cadres ont l'impression de marcher sur des oeufs quand ils veulent changer les méthodes de travail.

C'est ainsi que le syndicat a obtenu que la machine de Solutions Nids-de-poule soit conduite par un de ses membres, même si elle est louée avec l'opérateur. Et comme ce n'est pas toujours le même col bleu qui est assigné à cette tâche, c'est l'employé de Solution Nids-de-poule qui donne la formation et surveille le déroulement des opérations.

"On a mis 3 ans à mettre au point cet appareil, dit Pierre Patenaude, vice-président de Solution Nids-de-poule, et depuis 2 ans, on offre ce service aux villes." Et les affaires tournent suffisamment bien pour que la compagnie rende disponible en location un deuxième appareil. "On est en train de faire nos preuves", dit-il. Il reste beaucoup à faire pour faire accepter cette nouvelle méthode. "Les municipalités regarderont peut-être mieux cette alternative, quand viendra le temps de remplacer leur matériel de réfection des rues", conclut Pierre Patenaude.

En attendant, il cherche à réduire les coûts d'entretien qui atteignent les 35 000$ par année, et qui sont inclus dans le tarif de location de 120$ l'heure. "Une courroie de transmission coûte 350$, dit-il, et elle ne dure qu'une centaine d'heures, on peut peut-être en trouver une plus durable." Et s'il arrive que sa machine tombe en panne, par exemple à la suite d'un bris de conduite hydraulique, ces "congés de maladie", contrairement à ceux des cols bleus, n'ont pas à être payés par la ville, "on ne facture que le temps travaillé."


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