Les grands chantiers du siècle : le tunnel sous le Mont-Royal


Par Sylvain Lafontaine

 

 

Cette chronique a pour mission de présenter de grandes réalisations humaines qui ont un impact significatif sur le développement de certaines régions du monde. Fin de siècle oblige, nous accorderons une importance particulière sur les projets qui ont marqué le 20e siècle tant par leur utilité que par l'ampleur des travaux nécessaires à leur érection.

 

 

Bien que des milliers de gens circulent quotidiennement sur le Mont-Royal au coeur de l'île de Montréal, bien peu soupçonnent que se trouve sous leurs pieds une des principales voies de circulation de la métropole montréalaise. Pourtant depuis plus de 86 ans, le tunnel du Canadien National sous le Mont-Royal vibre sous les passages des trains qui parcourent ses rails. À l'époque où le chemin de fer régnait en maître au Canada dans le milieu des années 50, près de 150 trains par jours traversaient ce tunnel.

On doit la réalisation de ce tunnel à trois hommes, Sir William Mackenzie et Sir Donald Mann, fondateurs de la Canadian Northern Railways et Henry K. Wicksteed, chef ingénieur des arpenteurs du chemin de fer Canadian Northern qui fut à l'origine de l'idée. Cet ouvrage, gigantesque à l'époque si l'on considère les moyens techniques mis à leurs dispositions, a coûté 5 millions $ (valeur non actualisée) et fut entrepris afin d'atteindre le centre-ville de Montréal sans croiser les voies des autres sociétés ferroviaires.

La compétition était féroce au début du siècle pour le contrôle du transport ferroviaire au pays. À cette époque, trois sociétés ferroviaires principales desservaient Montréal, soit Le Canadien Pacifique, le Grand Tronc, et la Canadien Northern Railway, fondée en 1896 par William Mckenzie et Donald Mann. De ces trois sociétés, la Canadien Northern était la plus désavantagée, ne possédant qu'une seule gare, située dans l'est de Montréal par surcroît. Afin de remédier à la situation, les dirigeants voulurent implanter une gare au centre ville pour pouvoir se raccorder au chemin du fer du port de Montréal. Après avoir acquis le terrain au centre ville, lieu qui allait plus tard devenir en 1942 la gare centrale, il fallait y connecter les voies. La première option consistait à contourner la montagne vers l'est, solution qui fallut écarter étant donné le coût exorbitant qu'entraînerait l'expropriation des terrains sur lesquels passerait la ligne de chemin de fer. L'autre option, soit l'idée de l'ingénieur Henry Wicksteed, qui consistait à percer un tunnel de 5.2 km de long à travers la roche volcanique du mont Royal fut retenue. Les dirigeants de la compagnie choisirent comme sortie un territoire alors non développé de la ville au nord-ouest du Mont-Royal et qui allait devenir plus tard Ville Mont-Royal.

Les travaux de forage débutèrent le 8 juillet 1912 à chacune des extrémités du futur tunnel. Il fut convenu dès le départ que la ligne ferroviaire serait à deux voies et qu'elle serait électrifiée. Il fallut 18 mois aux deux équipes pour se rencontrer à 620 pieds dans les entrailles de la montagne et l'écart ne fut que d'un pouce dans l'alignement et d'un quart-de-pouce au niveau de la hauteur, efficacité remarquable comptenu des moyens techniques de l'époque. L'excavation avait progressé en moyenne de 420 pieds par mois, au moyen de pics et de pelles. On employa au début des chevaux pour évacuer les 13000 verges de rocs et de terre, puis on se modernisa en employant des locomotives à essence, méthode qui fut toutefois vite abandonnée car les émanations de gaz viciaient dangereusement l'air du tunnel, et finalement on utilisa des petites locomotives munies de moteurs électriques.

Des problèmes de tailles furent rencontrés lors de la réalisation des travaux, principalement d'ordres financier et administratif. Tout d'abord les travaux furent arrêtés un court moment par une injonction des tribunaux, le propriétaire d'une résidence réclamant la propriété de la portion du tunnel qui passait sous sa maison. Heureusement pour la compagnie, l'affaire se régla hors cour et les travaux reprirent rapidement. Toutefois, ce fut la Première Guerre mondiale qui mit dangereusement en péril le projet, la rareté des matières premières faisant cesser temporairement les travaux. Cette grande guerre fut d'ailleurs fatale à la santé financière de la compagnie. Croulant sous les dettes engendrées en grande partie par la situation internationale difficile et la baisse marquée des déplacements des marchandises et voyageurs à travers le Canada, les deux fondateurs durent démissionner et la société Canadian Northern fut nationalisée en 1917.

Six ans après le début des travaux soit au matin du 21 octobre 1918, un premier train de six voitures emprunta le tunnel pour aller rejoindre les villes d'Ottawa et de Toronto. Aucune cérémonie officielle ne souligna l'événement car l'épidémie de grippe espagnole qui sévissait à l'époque interdisait tout rassemblement.

Lors de la construction du métro de Montréal dans les années soixante, l'on songea a utiliser le tunnel pour y passer une ligne de métro, mais le projet ne put se concrétiser. De nos jours, le tunnel sous le mont Royal est principalement utilisé par le train de banlieue de Deux-Montagnes et est devenu un des principaux outils dans la lutte à l'engorgement routier de la métropole.

 

Références:

 

Série Les grands chantiers du siècle :


 

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