Les grands chantiers du siècle : le métro de Londres

Par Sylvain Lafontaine

 

Cette chronique a pour mission de présenter de grandes réalisations humaines qui ont un impact significatif sur le développement de certaines régions du monde. Fin de siècle oblige, nous accorderons une importance particulière sur les projets qui ont marqué le 20e siècle tant par leur utilité que par l'ampleur des travaux nécessaires à leur érection.

 

Plus ancien des métros de notre civilisation, le métro de Londres mérite une attention particulière parmi les grands travaux entrepris par l'homme. Voici un bref aperçu de cette infrastructure essentielle au bon fonctionnement de la capitale de la Grande-Bretagne.

Le métro de Londres fut inauguré en 1863, en réponse à l'encombrement monstrueux des rues de la métropole, congestion qui affectait grandement l'économie de la capitale de l'empire britannique. En effet, plus de deux millions et demi de citadins coexistaient dans un territoire de 90 km2 de rues étroites et sinueuses parcourues par d'innombrables voitures tirées par des chevaux. Le notaire de la ville de Londres de l'époque, Charles Pearson, proposa alors une idée audacieuse qui consistait à faire passer des voies ferrées sous terre afin de faciliter le transport de biens et de passagers.

Le premier tronçon couvrait 6,5 km entre Paddington et Farringdon Street. On procéda en utilisant une technique primaire qui consistait au creusage de tranchées profondes dans lesquelles on installait une voie ferrée que l'on recouvrait ensuite d'un toit, les wagons des métros étant alors tractés par des locomotives à vapeur. Bien que ce mode de transport obtînt un succès quasi immédiat, il comportait également des inconvénients majeurs: les travaux nécessaires à sa réalisation augmentèrent davantage le chaos dans les rues, dû à l'encombrement et l'amoncellement de terre à la surface; de plus, ce ne pouvait qu'être une mesure temporaire car la ville était divisée par un fleuve, la Tamise, et les techniques de creusages de l'époque ne permettaient pas de creuser des tunnels suffisamment profonds pour surmonter un tel obstacle. C'est alors que Marc Isambard Brunel vint à la rescousse en présentant une nouvelle excavatrice dotée d'un bouclier solide qui protégeait les ouvriers et qui était fonctionnelle dans les sols instables et détrempés. Cette excavatrice inspira ensuite l'ingénieur James Henry Greathead qui inventa une nouvelle excavatrice plus petite et légère qui déployait une puissance inégalée à l'époque. Un réseau de transport efficace put enfin voir le jour.

Aujourd'hui, la grande région métropolitaine londonienne est desservie par 12 lignes différentes parcourant 180 km de tunnels et desservant plus de 270 stations. Chaque année, près de 800 millions de passagers empruntent le métro de Londres et plus de deux millions et demi de trajets sont effectués quotidiennement. Par contre, ce vénérable moyen de transport a souffert pendant de nombreuses années de sous-investissement chroniques et une grande partie du réseau est vétuste et peu fiable; il arrive parfois que des segments entiers de lignes se retrouvent immobilisés, les usagers doivent constamment composer avec des pannes et des retards. Un seul exemple qui en dit long; l'escalier mécanique de Notting Hill Gate, l'une des stations les plus fréquentées du réseau, est demeuré en panne pendant deux ans. Des travaux de rénovations ont partiellement remédié à la dégradation du réseau, cependant ils sont lents et coûteux. Toutefois, le métro demeure le moyen le plus pratique et efficace pour se déplacer à Londres.

Malgré tout ses défauts, la cote de popularité du métro de Londres a remonté récemment avec l'addition d'une toute nouvelle ligne de métro, la "Jubilee Line", un prolongement de 16 km terminé en 1999 comptant 11 nouvelles stations (chacune ayant été conçue par un architecte différent), qui dessert le fameux Dôme du Millénaire, monstrueuse construction à la vocation encore incertaine qui fut érigée afin de souligner l'arrivée du nouveau millénaire. Cette extension fut le plus important projet d'ingénierie européen depuis l'achèvement du Tunnel sous la Manche et représentait de nombreux défis: il fallait insérer une ligne souterraine dans un réseau souterrain à la limite de la saturation et creuser sous certains très vieux et célèbres bâtiments dont le réputé Big Ben (la nouvelle ligne passe à peine à 20 mètres sous les fondations du monument). Afin d'amoindrir les risques d'affaissement du sol, on utilisa une technique innovatrice qui consistait à injecter du béton dans le sol au-dessus des couloirs d'excavation afin de stabiliser le sol lors de la réalisation des travaux (technique qui a été brièvement expliquée lors d'une chronique antérieure - voir l'article sur le Big Dig de Boston dans la revue InfraStructures de mai 2001). La "Jubilee Line" a toutefois un prix: 4 milliards £, soit environ 10 milliards $.

Il faut souligner le fait que le métro fut bien plus qu'un moyen de transport pratique à travers sa longue histoire. Il servit également d'abris lors de la Seconde Guerre mondiale lorsque l'armée allemande effectuaient des raids sur la capitale Britannique. Au plus fort des bombardements, plus de 117000 Londoniens se réfugièrent sur les quais de 79 stations de métro. Au fils des ans également, de nombreuses stations et ainsi que des lignes entières ont été abandonnées. Il existe actuellement plus de 40 stations désaffectées sur le réseau londonien.

 

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